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Dr Carole Traccard
Cela faisait longtemps que j’étais attirée par la pratique de l’aïkido. Cet art martial si « respectueux de son adversaire ».

 C’est l’art de la paix.  

Cette pratique peut paraître grotesque lorsqu’on la regarde sans l’œil du pratiquant ou l’œil de l’anatomiste averti.
En effet, comment penser qu’il est possible de contrôler à ce point un adversaire avec si peu de mouvement et si peu d’effort physique apparent? Comment ne pas imaginer une certaine connivence entre le uke (simulant l’agresseur) et le tori (simulant la défense) quand on constate que la chute est si démonstrative alors que l’effort pour la générer est si souple et si peu puissant ?  

Ce n’est pas de la danse ! 
C’est en cela que la pratique de l’aïkido est passionnante ! En effet, avec un professeur averti qui n’hésitera pas à vous reprendre si vous chutez alors que la prise de votre tori était mal exécutée, l’élève comprendra rapidement le piège d’une pratique qui deviendrait inutile et vide de sens. L’aïkido n’est pas une danse, c’est finalement un art qui utilise très bien l’anatomie humaine et notamment ses particularités articulaires. 

La maîtrise des clefs… 
L’aikidoka cherche le verrou articulaire naturel ou « les clefs » pour arrêter l’agresseur : si celui-ci refuse de céder sous la douleur causée par le tori, c’est l’articulation qui cassera…  

S’extraire de l’agression. 
Si le uke chute de façon si démonstrative, c’est parce qu’il s’extrait de la situation à risque. En effet, la prise anatomique très précise dans lequel l’a enfermé son tori provoquera, s’il ne s’extrait pas rapidement, des lésions ligamentaires ou osseuses ou l’exposera à la réception d’un coup de poing nommé atémi. La meilleure solution pour s’épargner physiquement d’une lésion qui nous mettra probablement hors de combat est donc la chute. Garder son intégrité physique est le plus important de même qu’obtenir l’opportunité par ce biais de relancer une attaque à l’issue.  
Le principe est double, pour tori : apprendre à contrôler son adversaire de façon anatomique très précise pour le contraindre à arrêter son agression ; et pour uke : apprendre à se détendre afin de trouver une solution pour s’extraire d’une situation « anatomiquement » dangereuse ou pour garder une opportunité de se défendre.  
Il est donc primordial d’apprendre rapidement à se protéger par les chutes et par une position adaptée. Le but est surtout de respecter son corps. Le travail musculaire de l’aikidoka est très stimulant pour les muscles posturaux.
  

Un sport de relâchement musculaire  
Un autre point est intéressant : c’est un sport de relâchement musculaire tout comme le golf. On ne peut rien apprendre en aïkido si on se durcit sous l’effet du stress ou de l’effort physique. Il faut que la prise passe souplement et dans le rythme nécessaire à l‘attaque et au contre. Ceci implique également une attaque franche et entière du partenaire pendant l’entrainement. Toute la difficulté est de saisir mentalement que l’on travaille un geste au ralenti. Sur une attaque franche, il y aura une déstabilisation de l’adversaire liée au rythme et à l’intensité de l’action.
 

Ce sport force à utiliser l’expiration pour se détendre et surtout tache de rendre automatique un relâchement musculaire et un calme apparent en cas de stress. Ceci permet d’éviter l’effet de tunellisation et permet de garder une vision globale de la situation de « combat » pour mieux adapter sa réponse. Le but : Ne pas subir et protéger son intégrité physique.  
Au golf, il est moins aisé d’envoyer loin une balle si on essaie de la frapper fort en la tapant avec le club comme avec un marteau. Les golfeurs avertis savent qu’il faut lancer la balle en utilisant l’élasticité du corps. Il faut pour cela être relâché et tenir le club avec souplesse.  
Pour obtenir ce relâchement, il faut une maitrise de ses émotions, un lâcher prise qui sous-entend la suspension du besoin de contrôler son environnement. C’est un des premiers freins à libérer lors de la pratique.
 

L’aïkido nous enseigne une certaine notion de la martialité, répondre à la violence par une certaine bienveillance : quelle belle philosophie à mettre en œuvre !  
 
Dr TRACCARD Carole 
Médecin généraliste 
Maîtrise des sciences biologiques et médicales 
Lauréate de la faculté de médecine de Lyon 
Capacité de médecine et biologie du sport  
Diplôme interuniversitaire de médecine manuelle et ostéopathie 
Enseignante au DIU de médecine manuelle et ostéopathie de LYON